Adameo | La fabrication additive, un outil de démocratisation de la chaîne logistique
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La fabrication additive, un outil de démocratisation de la chaîne logistique

La fabrication additive, un outil de démocratisation de la chaîne logistique

Chaque mois, nous laissons un de nos consultants prendre la parole sur un sujet d’actualité qui lui parle. Pour cette première session, c’est Xavier, Manager Consultant en Supply Chain, qui intervient sur l’impression 3D, une nouvelle technologie qui s’apprête à révolutionner notre industrie logistique. Retour sur cet événement planétaire à l’aide de chiffres, d’études de cas et de prospectives … 

 

 

Xavier,

Consultant Supply Chain

 

La fabrication additive nous permet désormais de produire une pièce à la demande en superposant de très fines couches de matières, plutôt que de la stocker ou de l’acheminer sur des milliers de kilomètres. Conséquence : cette innovation est en passe de bouleverser les modèles actuels de distribution, et toute la Supply Chain avec …

Depuis la fin de l’année 2013, La Poste expérimente, en partenariat avec Sculpteo, leader français du secteur, un nouveau service de conseil et de fabrication additive dans 3 de ses agences parisiennes (Boulogne-Billancourt « Hôtel de Ville », Paris « Bonne Nouvelle » et Paris « La Boétie »). Celui-ci leur permet de concevoir, réaliser et envoyer des objets uniques et personnalisés dans le matériau de leur choix : résine, plastique, céramique ou encore alumine. L’objectif ? Editer une maquette et un prototype, ou même offrir un cadeau original à partir de ses propres fichiers 3D, d’un dessin ou d’un catalogue de plusieurs références. Depuis, le service s’est enrichi avec le lancement en décembre 2015 d’un site Internet, « Innover et créer en 3D ». Un déploiement qui permet au plus grand nombre d’accéder à cette innovation en devenir et à fort potentiel.

De son côté, le fabricant Fairphone propose de commander sur le site Internet 3D Hubs des coques de téléphones portables personnalisables par fabrication additive. Les imprimantes étant stockées près de chez soi, il n’est donc plus nécessaire d’importer des coques de téléphones depuis les pays de production « low-cost » comme la Chine.

Toutefois, depuis la mise en vente de son second modèle, Fairphone arrête sa production de coques 3D et introduit sur le marché une nouvelle collection d’accessoires imprimables en 3D pour les propriétaires du deuxième modèle. Mais au lieu d’être produits en série, comme la plupart des autres accessoires pour smartphone, ceux-ci sont imprimés sur demande, ce qui évite tout transport inutile et autres surproductions.

Dans le sillage de ces deux exemples, le développement et l’accessibilité des imprimantes 3D pourrait impacter de manière profonde la logistique des entreprises au niveau mondial.

 

Des flux physiques simplifiés…

 

Cette technologie étant très peu intensive en main d’œuvre et facile d’utilisation, on peut envisager une relocalisation de la production dans les pays  « industrialisés » (un comble lorsqu’on sait que ces pays sont menacés par la désindustrialisation !).  Ainsi, si le produit et la stratégie le permettent, il ne sera plus nécessaire de produire dans de gigantesques usines asiatiques pour fournir le consommateur occidental. C’est un bouleversement pour tout le commerce mondial : fini le transport par conteneurs à travers les océans pour des milliards d’objets ! D’importants centres de coûts seraient alors supprimés : frais de transport, frais de douanes, etc. Les risques matériels liés au transport, mais surtout les délais seraient éliminés. D’un point de vue environnemental, l’empreinte carbone des produits serait également sensiblement réduit, la fabrication additive ne produisant pas de pertes car elle n’utilise que les quantités de matières réellement utiles.

Outre sa réduction des déchets et sa grande souplesse, l’une des principales révolutions de cette innovation au niveau logistique serait la quasi suppression des stocks, grande incommodité de l’entreprise industrielle. Prenons l’exemple du marché des pièces de rechange, qui cumule tous les inconvénients d’un point de vue stock (grande quantité de références, faible rotation, obsolescence etc.) : plus besoin d’outils ni de calculs ardus pour dimensionner ces réserves, les imprimantes 3D seront désormais capables de produire des pièces de rechange à la demande sans avoir à les acheminer depuis le fabricant.

 

La grande question serait plutôt de savoir à quel point on rapproche cette production du client final : les imprimantes 3D se trouveraient elles chez le fabricant, chez de nouveaux fournisseurs de proximité ou directement chez le client ? Plus la production se rapprocherait du client, plus les flux logistiques se simplifieraient pour être finalement réduits à la fourniture de matière première. A l’heure actuelle – si l’on schématise – les matières premières et les produits semi-finis sont acheminés dans les usines en dehors des villes pour qu’ensuite les produits finis soient livrés dans les agglomérations. Les flux de la fabrication additive pourraient donc se limiter à l’approvisionnement de billes, de bobines de plastiques ou de poudre de métal à l’intérieur des villes. Difficile d’imaginer la fin des usines, mais plutôt la mise en place d’un réseau d’usines de moindre taille, voire de magasins avec une ou plusieurs imprimantes 3D dans l’arrière-boutique, fabriquant à la demande et en flux tendu.

Si on va plus loin, on peut même envisager un nouveau système économique où le client final deviendrait le fabriquant, disposant de sa propre imprimante 3D. Il achèterait un fichier informatique du produit à l’industriel qui l’a conçu, ou à une plateforme d’échange de fichiers.

 

… mais aussi plus complexes !

 

L’expédition d’un produit se réduirait à l’envoie d’un e-mail ou même à une conversation avec un chatbot, aujourd’hui en plein essor. Donc parallèlement à la simplification des flux logistiques, on assisterait à la complexification des flux d’informations. Si cette Supply Chain voit le jour, quelques problèmes concernant, entre autres, la traçabilité, la sécurité informatique ou encore les normes de fabrication, vont se poser.

La propagation de l’impression tridimensionnelle va créer de nouveaux marchés dont l’un des principaux sera celui des fichiers CAO (Conception Assistée par Ordinateur). Parce que même si l’impression 3D est une technologie accessible, c’est autre chose de disposer des compétences pour concevoir les fichiers CAO des objets et les instructions pour la fabrication. Les industriels vont passer à la commercialisation même de leur propriété intellectuelle. On peut aussi imaginer que nombreuses start-ups spécialisées dans la conception de fichiers pour les imprimantes 3D ou de programmes d’impression 3D vont se développer, un peu comme les start-ups du web. Les plateformes de téléchargement d’applications et autres « stores » joueront certainement un rôle important dans la commercialisation de ces programmes et fichiers.

Mais la progression de ce nouveau marché va aussi engendrer l’un des principaux risques attenant à la vulgarisation des imprimantes tridimensionnelles : la contrefaçon et la violation de la propriété intellectuelle. L’industrie toute entière pourrait subir un choc identique à celui qui a secoué l’industrie musicale avec des modèles d’impression qui circulent déjà librement sur Internet. Il faudra surveiller le trafic de fichiers d’impression 3D contrefaits à l’image des douanes, avec une difficulté supplémentaire : la dématérialisation de ces échanges. A l’heure actuelle, il y a un vide juridique concernant la réplication d’objets par les particuliers mais ces répliques sont invendables car protégées par la propriété intellectuelle. Des cas notables concernant la réplication par impression 3D sont attendus afin de faire jurisprudence.

L’autre risque concerne directement celui de de la sécurité du consommateur et la qualité des produits. Les produits fabriqués par les industriels répondent à des normes de qualité strictes. Est-ce-que les objets imprimés auront une résistance suffisante ?

Enfin, ce nouveau procédé de fabrication va déplacer la chaîne de valeur et pourrait avoir un impact important sur le premier impôt français, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ainsi que sur les taxes douanières.

 

La probable réindustrialisation de la France passera certainement par la révolution de l’impression 3D. Pourtant, il y a urgence à définir un cadre légal à l’impression tridimensionnelle et au partage de fichiers 3D… Quelles que soient les perspectives entrevues, l’impression 3D entrainera irrémédiablement des adaptions dans la Supply Chain des entreprises sans pour autant y mettre fin. Il faudra toujours quelqu’un pour organiser cette production, créer, maintenir les machines, coordonner et maitriser les flux physiques et d’informations.